Un exemple d’une lutte positive contre l’épidémie : Mansur Yavaş, maire de la métropole d’Ankara, en Turquie

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Traduit par Nurcan Kılınç

Bonjour. La distribution de masque via la poste nous démontre encore une deuxième fois, de façon étrange, que ceux qui gouvernent suivent les municipalités – et en particulier les municipalités d’Istanbul et Ankara. Quel était l’exemple précédent ? Lors de la campagne de don, initié d’abord par les mairies où domine le CHP à Ankara, suivi par Istanbul et Izmir, qui avait rapidement réussi. Puis nous avons vu que le gouvernement s’est réuni à la hâte, et a pris des décisions. L’une d’entre elle a été de lancer la campagne “Nous nous suffisons” par le biais du ministère de la Famille. Immédiatement après, les campagnes des municipalités ont été empêchés par des obstacles créés par le ministère de l’Intérieur, et la Vakıfbank a bloqué l’argent des municipalités. Peu de temps après, le port obligatoire de masque pour ceux qui sortent dehors, qui vont au marché et qui utilisent les transports en communs – principalement ceux qui travaillent dans des lieux surpeuplés et non dans les transports en communs – a été imposé. Le soir même, les mairies métropolitaines d’Istanbul et d’Ankara ont déclaré que tout le monde recevrait un masque gratuit dès le lendemain matin. Puis rapidement, le ministre des Affaires commerciales a fait une brève déclaration afin de déclarer que les masques seraient en vente dans des lieux accessibles par tous – c’est-à-dire que le masque était payant. S’ensuivit des annonces des maires métropolitaines issues de l’AKP – Bursa, Gazinantep – qui ont rendu obligatoire le port de masque dans les transports en commun, sans dire qu’ils allaient les distribuer [à la population]. Istanbul et Ankara les ont distribués, et l’État a alors décidé de livrer les masques à tout le monde par l’intermédiaire de la poste (PTT). 

Cette pratique est sujette à controverse, je ne veux m’attarder sur ces débats, mais souhaite analyser l’aspect politique de cela. Depuis le début de l’épidémie, nous avons pu voir à quel point Ankara a eu du mal à déterminer des stratégies et des tactiques, et les retards dans la prise de décision. Les municipalités étaient étonnées de la situation, mais les municipalités métropolitaines – Ankara, Istanbul, Izmir, Adana – ont commencé à s’en remettre. Quant au gouvernement, il a pris plusieurs décisions en retard, que ce soit pour les plus de 65 ans, les compétitions sportives, etc. ces décisions sont intervenues progressivement. Je pense que ce sont les mairies qui sont à l’initiative de toutes actions, et depuis leur prise de poste, il y a un an, les municipalités ont réussi à obtenir des résultats fructueux, de leurs performances très efficaces dans un événement aussi vital – en particulier les municipalités métropolitaines. Bien sûr, il y a beaucoup de problèmes, et de manques, mais il est important de souligner qu’il y a une volonté d’aider ses citoyens et à leurs compatriotes, des grands efforts pour fournir toutes sortes de services et d’assistance. 

Si sur ce point Mansur Yavaş se démarque, cela ne signifie pas que les autres ont échoué. Mais il y a quelque chose de différent chez Mansur Yavaş, et je souhaite l’expliquer dans cette émission : il y a un jeu de mot lorsque j’ai dit “positif”. Depuis que les personnes sont testées positifs du coronavirus, le mot “positif” a une consonance “négative” dans notre vie. Mais dans l’exemple de Mansur Yavaş, nous voyons comment un maire peut mener un combat, positivement. Dès les premiers instants, c’est un maire calme – chose que je tiens particulièrement à souligner – et qui agit pour ses citoyens. D’autres maires agissent de la même manière, mais j’estime que Mansur Yavaş est plus efficace. C’est le bilan d’une année peut-être, mais c’est une chose visible durant cette épidémie. Dès le début, il a calmement dit nous devons résoudre ce problème ensemble et qu’il fera de son mieux à cet égard. Lorsque j’analyse les tweets que Mansur Yavaş a publiés sur Twitter, Il propose des solutions très concrètes à des problèmes, et essaye de les résoudre calmement avec ses propres moyens, ou avec le soutien de certaines organisations non gouvernementales et d’artistes – ça été les vendeurs de simits qui ne faisaient leur travail, parfois des chauffeurs de taxi, ou des travailleurs journaliers. Dans d’autres cas – par exemple avec les jeunes – il a créé des lieux de débats nommés “venez discutons ensemble” et veut écouter leurs problèmes, entendre leurs suggestions et trouver des solutions aux problèmes. À cet effet, il a débuté une campagne de don assez réussi. Que dit cette campagne, “6 millions unis” – si nous supposons que la population d’Ankara à 6 millions – pour la solidarité à court terme ? “De nombreux commerçants, artisans et ouvriers, du coiffeur au serveur, du tailleur au travailleur, ont été privés de leur emploi et sont sans emploi durant ce processus” et fond une plateforme de solidarité.

Pour les dons la première banque – et le seul en fait – était Vakıfbank, qui a, sur l’instruction du ministère de l’Intérieur, bloqué cet argent. Malgré cela, Mansur Yavaş n’a pas fait scandale, et a dit “nous ferrons à nouveau comme à nos habitudes”. Durant la campagne, il a fait preuve d’exemplarité en termes de transparence en communicant les comptes ayant fait des dons, le nombre de demandes en aide financière et en aide alimentaire, le nombre de volontaires ayant participé à la campagne. Après l’interdiction proclamée par l’État à d’un coup, de façon illégal, le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu a tenu les propos suivant “vous ne pouvez pas collecter de l’argent, j’ai des incertitudes”. Et en conséquent certains journalistes l’ont encouragé en disant “les terroristes peuvent évidemment collecter de l’argent, non ?”. Malgré cela, Mansur Yavaş a calmement dit “ils nous ont empêché de collecter de l’argent, mais nous continueront de là où nous sommes restés” et a entrepris de nouvelles pratiques. Il a dit aux citoyens ” allez chez les petits commerçants, et si vous en avez les moyens, réglez les dettes de vos voisins”. Est-ce que cela existe toujours en Turquie ? Il doit exister d’une manière ou d’une autre, mais le plus important ici est la situation des personnes ayant des dettes de cartes de crédit. Peut-être qu’un jour ou l’autre, ils trouveront une solution à cela. 

La chose qui m’a le plus marqué chez Mansur Yavaş est le fait qu’il n’a pas appelé à un confinement. À Istanbul et Izmir, cet appel s’est fait, mais pas à Ankara. Cela peut être dû au fait qu’à Ankara le nombre de cas atteint du coronavirus soit inférieur à Istanbul et Izmir, mais je pense qu’il s’agit d’une question politique. Concernant le confinement, est-ce une stratégie politiquement rationnelle que la question du couvre-feu soit une demande récurrente formulée par les municipalités – par exemple, Ekrem İmamoğlu, Tunç Soyer ou quelqu’un d’autre ? Je n’en suis pas sûr. Nous savons qu’ils ont de telle réclamation, mais est-ce bien ou non qu’ils l’expriment cela publiquement, telle une demande adressée au gouvernement ? J’ai débattu de ce sujet avec des amis, certains pensent que c’est une bonne chose, d’autre non. Pour être franc, je n’ai pas d’avis sur le sujet, mais je pense qu’il est important de souligner que Mansur Yavaş ne s’est pas prononcé là-dessus, et s’il s’est prononcé, il se peut que je ne l’ai vu. Lui a plus insisté sur “restes à la maison”, mais il a fait des efforts pour garder sous contrôle les services, tout en sachant que la vie continuait. 

Quand j’emploie le terme “positif” fait référence au fait qu’il travaille sans se quereller, sans se disputer et s’adresse à tous ses électeurs, à tous les habitants d’Ankara. Il est important de préciser que Mansur Yavaş souligne le fait qu’il est maire de la métropole d’Ankara, mais toute la Turquie le suit de près. Parmi ces personnes des gens qui n’ont pas voté pour lui, ou des personnes qui ne pensaient pas voter pour lui, des personnes qui n’ont pas la même vision politique que lui. En un an, Mansur Yavaş – je l’avais évoqué lors d’une émission passée – est un maire qui a réussi, c’est très intéressant. Autre chose qui a attiré mon attention chez lui – que je sais aussi, car je lui ai adressé la demande, mais par principe, il ne l’a pas accepté – il ne participe pas à des émissions médiatiques. Où irait-il s’il voulait apparaître dans les médias ? Il y a un certain nombre d’endroits de chaines à cet effet. Pour autant que je sache, il n’a pas eu recours à cela, il a plutôt préféré se servir de ses propres moyens, de ses réseaux sociaux, de ceux de la mairie afin de diffuser des vidéos courte, avec un langage doux et simple de manière systématique, sur des sujets concrets. D’autres maires le font aussi, mais que Mansur Yavaş s’adresse uniquement à partir de ses réseaux est un élément stratégique intéressant et nécessaire à souligner. En ne participant à des émissions médiatiques, il est probable qu’il veuille maintenir sa position supra-politique et supra-partisane. Car aujourd’hui en Turquie, les médias font partie de la polarisation, nous supposons que les médias pro-gouvernementaux ne l’inviteront probablement pas, car ce que Mansur Yavaş dit est en un sens ce que le pouvoir qu’ils soutiennent n’ont pu réaliser. En revanche, ils n’ont pas beaucoup d’arguments pour attaquer Mansur Yavaş, alors qu’ils l’ont tenté avec Ekrem İmamoğlu et ont généralement échoué. Il n’y avait d’argument pour attaquer Ekrem Imamoglu, mais ils ont essayé de créer quelque chose à des moments différents et ont souvent échoué.

La veille des élections, ils ont voulu mettre hors-jeu Mansur Yavaş, en évoquant un sujet impertinent. Les médias pro-gouvernementaux avaient fait des efforts immenses, mais en vain. En conséquent, d’après ce que j’ai pu comprendre – c’est ma déduction -, les médias qui peuvent l’inviter et qui souhaitent l’inviter – je suppose que les demandes sont nombreuses – s’adressent principalement à une tranche de la société, raison pour laquelle il préfère, peut-être, rester à l’écart de cela. Mais lorsque nous regardons les choses actuelles – je l’avais dit après les élections, et cela avait fait objet de dérision, or lorsque nous percevons ce qui s’est passée après, la politique de la “Toute Nouvelle Turquie” – je pense que Mansur Yavaş présente une assez bonne performance dans le nouveau modèle politique. Le fait-il en connaissance de cause ou non, c’est un sujet de débat. J’estime que sa stratégie de se maintenir en tant que maire est une stratégie purement politique. C’est-à-dire que sans dire aujourd’hui qu’il aspire à d’autres postes plus ambitieux, voire en rejetant et en niant de tels rumeurs et spéculations, et en les évitant, il peut plus tard aspirer à des positions politiques plus ambitieuses. En ce sens, les mairies métropolitaines comme Istanbul, Ankara, Izmir, ou Adana, sont des postes stratégiques pour l’avenir. Dans certaines circonstances, il est bien plus efficace d’être maire d’Istanbul, d’Ankara ou d’Izmir que d’occuper un poste de député ou de ministre. Ainsi je perçois la posture supra-politique, supra-partisane, qui se maintient à l’écart de la politique, qui ne prend pas part à des polémiques de Mansur Yavaş, en tant que maire d’Ankara, qui insiste sur le fait qu’il est maire de tous les habitants d’Ankara, comme une préparation à des revendications avenir.

Si nous devons revenir au début – aux dix derniers jours par exemple – les municipalités ont marqué la lutte contre le coronavirus en Turquie. En ce sens, les municipalités de l’opposition, et plus clairement le CHP dans la mesure où ils ont surmonté le choc – ils y parviennent nous le voyons – et font des travaux concrets, ils attirent l’attention du gouvernement, et dérangent le pouvoir. Le pouvoir les empêche directement en leur interdissent de récolter des dons, et dans d’autre cas lorsque qu’il ne peut dire vous ne pouvez distribuer des masques, il essaye de rivaliser en distribuant plus de masque. Voyons ce que les municipalités, Ekrem İmamoğlu à Istanbul, Mansur Yavaş à Ankara, Tunç Soyer à Izmir et d’autres, vont faire maintenant ? Et comment le pouvoir va-t-il réagir ? Nous sommes confrontés à une situation spéciale. Bien sûr dans l’idéal, comme nous l’avons vu dans de nombreuses régions du monde, Ankara et toutes les municipalités en Turquie, notamment celles des grandes métropoles, et principalement là où le nombre de cas est la plus importante, doivent mettre de côté tous débats politiques et concurrences afin de coordonner leur force et mener une lutte efficace. Or un grand obstacle figure face à cela, qui est l’avarice de Recep Tayyip Erdoğan, le gouvernement d’un seul homme dans le partage du pouvoir et de la responsabilité. Ce n’est pas de l’avarice, il ne veut en aucun cas que cela arrive, car il perçoit les municipalités des partis de l’opposition comme une menace en vers son pouvoir. Il n’a pas tort à ce sujet, les élections du 31 mars ont été un exemple. Tout en gardant cela à l’esprit, en cette période critique, il devait mener une stratégie de lutte avec les municipalités. Il n’a pas fait cela, et cela a et aura des conséquences. Comme notre sujet est politique, il a et aura également des conséquences politiques. Si l’insistance d’Erdoğan aggrave encore plus sa crise politique, elle renforce politiquement les municipalités qui fonctionnent efficacement – Ankara, Istanbul et d’autres. Mansur Yavaş ambitionne une stratégie qui est de garder son calme et optimisme, d’essayer de trouver des solutions aux problèmes, en intégrant la population et le faisant en grande transparence plutôt que de se plaindre. Chose qu’il essaye de faire depuis un an, et qui s’est perfectionné lors de cette épidémie et qui lui a permis de démarquer.  

Oui, c’est tout ce que j’ai à dire. Passez une bonne journée. 

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